politique La séparation entre la morale et la politique.
Nous avons vu avec l'oeuvre au programme que l'éthique se fondait sur la politique, qui l'englobait comme un accomplissement supérieur. Si l'idée ou le projet de la politique ressort d'un dialogue entre Aristote et ses amis, les platoniciens à qui il préfère la vérité, le communisme de la République de Platon étant remis en question, Sa logique effective est décrite sur un plan différent par Machiavel. En dessous du discours philosophique et politique se trouve l'histoite, avec ses stratégies déployées par les états pour conquérir et garder le pouvoir. La logique n'est plus celle de l'accomplissement de l'humain dans la Cité, mais celle de la force qui n'existe que pour se survivre à elle-même.
La politique fait intervenir une dimension qui n'était pas tellement cadrée par le discours de la morale.
Ainsi, machiavel conseille au prince de ne pas forcément tenir ses promesses si les circonstances ne le nécessite pas.
Il doit savoir 'usare de la bestia' et devenir renard. Or le Prince doit sa légitimité au fait qu'il est lion. Il est reconnu comme dépositaire du pouvoir de façon incontesté. Il est souverain et reconnu comme tel. Il ne serait pas ainsi reconnu si on savait qu'il adopte la ruse du renard qui consiste essentiellement dans la dissimulation . Mais il ne peut faire autrement dans la mesure où il veut conserver ses pouvoirs. Le renard peut ne pas tenir ses promesses. On attendrait d'un souverain qu'il ne soit pas fourbe.
La justification morale passe au second plan, dans la mesure. On s'attendrait à ce qu'elle convoque le peuple, qui dans l'affaire est objet du mensnsonge. Or; la justification tient dans le rappel qu'il se laisse berner d'autant plus autant qu'on le berne. Il ne pense qu'à ses intérêts immédiats et serait prêt à vendre père et mère pour un lopin de terre.
Ce qui est affligeant si on voudrait sur un autre plan que la politique soit un projet commun fondé sur une volonté générale qui se veut elle-même, ou dans une autre perspective encore abordée dans la seconde partie, que la finalité de la politique soit un progrès dans la prise de conscience du grand public des enjeux qui sont les siens.
Mais l'essentiel est de rappeller discrètement que le peuple n'hésitera pas à approuver un autre prince qui représentera ses intérêts.
Digne d'une philosophie de police secrète, le texte rappelle que le prince de lion doit savoir devenir renard pour intensifier les chances de pouvoir résister aux revers de la fortune. Il doit mettre toutes les chances de son côté. En devenant renard, il pourra vaincre les rats, entendons peut-être ceux qui sont prêts à se ruer sur le pouvoir d'autant plus facilement que leurs projets restent cachés et dissimulés.
L'enchaînement qui peut s'établir entre les animaux décrit l'art de la politique selon machiavel. Il faut affaiblir les puissants que l'on a en face, renforcer les faibles de notre côté.
Ainsi, le renard a besoin du lion pour faire fuir les loups. Et le lion du renard contre les rats. Si le Prince n'use pas de la dissimulation, il ne pourra que contrer des menaces manifestes ('les loups') à l'aide de la force qui lui confère son pouvoir souverain. Mais sans cette autre force qu'est la ruse, il ne pourra pas devancer les modifications dans les rapports de force qui peuvent survenir toujours plus tôt qu'on ne l'attend. En jouant sur l'apparence, le prince pourra anticiper lecompromisions nouvelles susceptibles d'affaiblir son pouvoir.
Le prince est condamné au mensonge pour garder son pouvoir. Pour complexifier ce tableau, remarquons que si le renard n'aide pas le lion à débusquer les rats, le lion peut laisser les loups le dévorer. Et ainsi de suite, la logique du pouvoir et de la force précède finalement tout questionnement sur la morale, dans la mesure où lidée que l'on se fait du prince implique la loyauté et la rigueur moral que pour autant que le peuple a besoin d'y croire et que cette croyance va donner un vernis de légitimité à un pouvoir dont on a trop vite oublié qu'il a été conquis par la force.
Le prince ne peut être non plus comptlment renard, le pouvoir a besoin de se justifier à l'aide d'une certaine pérennité. Plus importante que son intégrité morale, le prince a d'abord intérêt à faire preuve de magnicence pour que sa grandeur soit patente. Il devra au besoi dployer une certaine cruauté pour impressioner son peuple. Il n'est pas certain que la considération de ses qualités morales lui permettent de résister à des changements de situations dans lesquels le rapport de force n'est plus en sa faveur.
Le plan de la politique absorbe entiérement celui de la morale, se situant à un niveau totalement distinct. Remarquable à cet égardla distorsion que Machaivel fait subir au concept Aristotélicien de juste mesure. Il faut juste ce qu'il faut de loyauté pour dissimuler la pratique du mensonge en politique, et juste ce qu'il faut de ruse pour garder le pouvoir indépendamment donc dtoute légitimité politique publiquement reconnue.
Comme extension on pourrait faire référence à la façon dont les décisions politiques se prennent dans le silence des cabinets ministériels, bien sûr pour en préserver la légitimité, la décision prise par le peuple serait trop longue ou ne pouvant pas anticiper efficacement les problèmes à venir.
A contrario, le peuple peut être averti que le mensonge est une possibilité du pouvoir poltique et qu'il n'est pas tenu de suivre le Prince tout le temps si son intérêt s'en trouve accru. En sortant de la lecture de Machiavel que nous avons évoquée, on peut y voir de façon inversée la nécessité pour le citoyen de ne pas abdiquer en aucune façon sa conscience morale de se rappeller que la politique obéie à une nécessité finalement imparfaite et désagréable si on la considère du point de vue de la dignité de l'humain. La nécessité de garder le pouvoir dans une situation changeant et complexe ne permettrait pas aisément de tenir une belle continuité dans l'édification morale de soi. Ce qui n'a pas empéché certains empereurs d'affiemer sans répit la nécessité d'une constance de caractère et celle de la force de l'âme.
Si la politique s'éloigne du plan de la morale, elle ne la fait pas entiérement disparaître.