la vieillesse- quelques notes seulement.

Publié le par m12345

Abordons ce sujet à la lumière de la notion d'expérience. Comparons le aux autres âges de la vie et interrogeons nous à propos des difficultés de lisibilité qu'il pose.

Comme les autres âges, cette période va poser le problème du changement et de l'arrivée dans une situation nouvelle. La première question est de savoir dans quelle mesure elle va pouvoir être protégée. Entre autres questions,faut-il une allocation vieillesse et si elle n'est pas la solution adéquate un accompagnement humain, un coup de pouce pour bien vivre une nouvelle période?

Mais avant d'en venir au faits qui sont les tests de notre jugement sur la vieillesse, étudions ce jugement lui-m^me, afin de voir s'il récèle une antinomie.

Vous pouvez répondre aux questions après avoir consulté les documents.

Document 1

 

Booz[1] était bon maître et fidèle parent ;
Il était généreux, quoiqu'il fût économe ;
Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière.

 

(Victor Hugo, Booz endormi, La légende des siècles ,1885 ).

 

 

 

Document 2

 

 

« Je n’ai pas, comme Solon[2], le bonheur de pouvoir m’ instruire chaque jour en vieillissant, et je dois même me garantir du dangereux orgueil de vouloir apprendre ce que je suis hors d’état de bien savoir . »

« Mon imagination déjà moins vive ne s’enflamme plus comme autrefois à la contemplation  de l’objet qui m’anime, je m’enivre moins du délire de la rêverie ; il y a plus de réminiscence que de création dans ce qu’elle produit désormais, un tiède alanguissement énerve toutes mes facultés, l’esprit de vie s’éteint en moi par degrés ; mon âme ne s’élance plus qu’avec peine hors de sa caduque enveloppe[3]. »

 

(Jean-jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, deuxième promenade. 1778)

 

« (…) mais s’il me reste peu d’acquisitions à espérer du côté des lumières utiles, il m’en reste de bien importantes à faire du côté des vertus [4]nécessaires à mon état (…). Mais la patience, la douceur, la résignation, l’intégrité, la justice impartiale sont un bien qu’on emporte avec soi, et dont on peut s’enrichir sans cesse, sans craindre que la mort même nous en fasse perdre le prix. »

« C’est à cette unique et utile étude que je consacre le reste de ma vieillesse. Heureux si par mes progrès sur moi-même, j’apprends à sortir de la vie, non meilleur, car cela n’est pas possible, mais plus vertueux que je n’y suis entré. »

 

(Jean-jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, troisième promenade. 1778)

 

 

Document 3

 

 

« Les « antivieillesse »[5] se focalisent sur le processus d’usure ou d’extinction, de refroidissement, de dérèglement,…du vivant qui  diminue les performances physiques et intellectuelles en le rapprochant de la mort. La vieillesse est une privation d’être, donc un mal en un sens plus grave encore que la mort, qui n’est rien puisqu’elle est plongée dans le néant. Il y aurait donc un point culminant de la vie à partir duquel les forces vitales commencent à se dégrader et à diminuer. Le déclin du caractère est alors inéluctable : les vieillards sont sans force, sans fermeté, constamment dans l’indécision. (…) Ils sont mesquins, peureux, égoïstes, cyniques, tristes, (…). Certes (…), il nous arrive d’admirer de sages, d’énergiques, voire de beaux vieillard. Mais ce que nous admirons en eux, ce n’est pas la vieillesse, mais la sagesse, l’énergie ou la beauté qu’ils conservent en dépit de leur grand âge.

 

         A quoi la défense oppose que la vieillesse a aussi ses avantages : elle nous débarrasse de ce qu’il y a de plus futile et de plus éphémère en nous, elle nous permet d’accéder à la sagesse et de prendre enfin conscience que réussir dans la vie ne signifie pas forcément réussir sa vie. La vieillesse est donc une libération, dont il revient à chacun de profiter ou non.

 

(…) Au jeu du plus lucide, chacun croit avoir le dernier mot. Selon que l’ on insistera sur le déclin physique ou sur la force de caractère, on adoptera la thèse ou l’antithèse. Les « pour » ne nient pas que la vieillesse soit un déclin ; les contre ne contestent pas qu’il faille bien vivre avec.  La vieillesse n’est elle qu ‘une question d’artère ou qu’une question d’esprit ?

(…) On peut alors remarquer qu’en dépit de leur opposition, en apparence radicale,  thèses et antithèses s’accordent au moins sur un point. Elles partagent l’idée que toute trajectoire existentielle[6] comporte un sommet.(…) C’est peut-être sur ce point que la querelle s’est de nos jours infléchie : ni la jeunesse, ni la vieillesse ni même l’âge adulte ne parviennent plus à l’incarner[7]. Tout se passe comme si l’apogée de l’existence - toujours visé, jamais atteint- n’était plus de ce monde, alors même que dans notre univers désenchanté[8], il n’y a plus que ce monde. »

 

(Eric Deschavanne, pierre –henry Tavoillot, Philosophie des âges de la vie, éditions Grasset,  2007).

                                           

 

QUESTIONS

 

Questions portant sur le document 1.

 

Question 1.

 

Repérez l’opposition qui figure dans cet extrait de poème.

 

Question 2

 

 Montrez comment l’auteur fait apparaître la supériorité de la vieillesse.

 

Sur quels arguments s’appuie t’il ?

 

Questions portant sur le document 2.

 

Question 1.

 

Caractérisez les désavantages du vieillissement à partir de ce texte.

Sur quel plan se produisent-ils ?

 

Question 2.

 

Caractérisez les avantages du vieillissement à partir de ce texte.

Sur quel plan se produisent-ils ?

 

Question 3.

 

Montrez comment la démarche de l’auteur relativise la crainte de la mort.

 

Question 4.

 

L’auteur reconnaît-il une limite à ses ambitions ?

 

Questions portant sur le document  3

 

Question 1.

 

Etudiez l’argumentation du premier paragraphe, en montrant que la peur de la vieillesse est liée à une approche strictement corporelle de l’être humain.

 

 Vous pouvez dégager trois étapes dans cette progression et comparer les qualités humaines ici relevées à celle qui figurent dans le document 2.

 

Question 2.

 

Sur quels arguments s’appuie l’éloge de la vieillesse au second paragraphe ?

 

Question 3.

 

Comment comprenez vous la distinction proposée entre « réussir dans la vie » et «  réussir sa vie » au second paragraphe ?

 

Question 4.

 

Relevez  la notion  qui permet aux deux thèses en présence de se rejoindre et montrez comment leur opposition est remise en question.

 

Question 5.

 

Définissez l’expression : « toujours visé, jamais atteint ».

 

 

COMMENTAIRE

 

Au cours d’une réflexion construite et argumentée, vous tenterez de relier les analyses précédentes au débats actuels sur la vieillesse, notamment en ce qui concerne l’âge de la retraite.

 

Si la notion de vieillesse est « relative », faut-il pour autant cesser de se demander comment protéger ceux qui deviennent dépendants des autres ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1]  Booz , vieux de 80 ans correspond à une figure mythique issue de l’ancien testament.

[2]  Célèbre homme politique Athénien, il a commis le premier un discours vantant la grandeur de la vieillesse.

[3]  Il s’agit d’une métaphore qui désigne le corps humain.

[4]  C’est une disposition devenue constante du caractère, par l’effet d’un effort sur nous-même.

[5]  D’après les auteurs, il s’agit des écrivains, penseurs et autres qui ne tiennent pas finalement la vieillesse en haute estime.

[6] Cette expression signifie le parcours d’une vie individuelle.

[7] Ici, les auteurs présupposent que notre société actuelle ne propose plus de repères évidents permettant de distinguer clairement entre les générations.

[8] Cette expression bien connue veut dire que l’homme, de nos jours, décide en tant qu’individu libre des valeurs qui déterminent la conduite de sa vie, au lieu de les trouver dans la tradition ou dans la nature.






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